Après avoir abordé l’usage abusif des antibiotiques en santé animale et ses conséquences sur la résistance aux antimicrobiens, il apparaît essentiel de porter un regard essentiel sur le cadre institutionnel et les acteurs qui régulent et encadrent des pratiques au Burkina Faso.
Le Dr Lalidia Bruno OUABA, Docteur en Médecine Vétérinaire et Directeur technique du Laboratoire Nationale de l’Élevage, nous plonge au coeur de l’action de la Direction Générale des Services Vétérinaires (DGSV).
Journaliste : Pouvez-vous présenter brièvement le rôle et les missions de la DGSV dans le domaine de la santé animale ?
Lalidia Bruno OUOBA (LBO) : La DGSV est une direction centrale du ministère en charge de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques. Elle est structurée autour de quatre directions techniques, à savoir la Direction du Laboratoire national de l’élevage, la Direction de la santé publique vétérinaire et de la législation, la Direction de la santé animale et la Direction de la lutte contre les maladies animales à vecteurs.

La DGSV est chargée de la mise en œuvre de la politique nationale de santé animale. À ce titre, elle intervient dans la prévention, la surveillance et la lutte contre les maladies animales, y compris les maladies transmissibles à l’homme, communément appelées zoonoses. Elle joue également un rôle essentiel dans la sécurité sanitaire des aliments d’origine animale destinés à la consommation humaine ou animale.
Par ailleurs, elle intervient dans la réglementation de l’usage des médicaments vétérinaires, notamment des antibiotiques, ainsi que dans l’encadrement de la pratique vétérinaire. Elle assure également la formation et le renforcement des capacités des acteurs du secteur, notamment les vétérinaires et les agents de santé animale.
Son action s’inscrit donc pleinement dans le cadre global de la santé publique.
Journaliste : Quelle est la place de cette direction dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la RAM ?
L.B.O. : La DGSV joue un rôle central dans la composante « santé animale » du plan multisectoriel de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Elle coordonne la surveillance et l’encadrement de l’utilisation des antimicrobiens dans le secteur de l’élevage.
Son action vise notamment à renforcer la réglementation relative à l’usage des antimicrobiens afin de garantir une utilisation rationnelle, principalement à des fins prophylactiques et thérapeutiques appropriées, dans le respect des normes en vigueur.
Journaliste : Comment la DGSV collabore-t-elle avec les autres acteurs dans le cadre de l’approche One Health ?
L.B.O. : La collaboration s’opère principalement à travers la Plateforme nationale One Health, qui regroupe les ministères de la Santé, de l’Environnement, des Ressources animales et d’autres départements concernés.
La DGSV assure notamment la coordination de la commission zoonoses, tandis que le Laboratoire national de l’élevage préside la commission laboratoire et biosécurité. Cette approche permet une action concertée en matière de prévention, de surveillance et de riposte face aux menaces sanitaires.
Des partenaires techniques et financiers tels que la FAO, l’OMS ou d’autres organisations appuient également ces actions.
Journaliste : Quelles actions de formation et de sensibilisation sont menées pour encourager un usage raisonné des antibiotiques ?
L.B.O. : De nombreuses actions sont entreprises, notamment des ateliers régionaux de sensibilisation à l’intention des éleveurs et des praticiens, l’élaboration de guides de bonnes pratiques et la conduite de campagnes de vaccination de masse.
La vaccination constitue d’ailleurs un levier essentiel, car elle permet de prévenir les maladies animales et, par conséquent, de réduire le recours aux antibiotiques.
Journaliste : Comment les médias et les organisations communautaires peuvent-ils contribuer à cette sensibilisation ?
L.B.O. : Le rôle des médias est avant tout de communiquer des messages clairs qui favorisent un changement de comportement. Il s’agit d’orienter les éleveurs vers les spécialistes, notamment les vétérinaires, et de rappeler que lorsque les animaux sont malades, il ne faut pas les soigner soi-même.
Les médias peuvent expliquer que seul le praticien peut analyser la situation sur le terrain, identifier les facteurs de risque et proposer un traitement adapté. Même pour les éleveurs expérimentés, l’activité doit être encadrée par un professionnel.
Ils ont aussi un rôle important dans la sensibilisation sur les résistances aux antimicrobiens. Comme chez l’homme, l’utilisation inappropriée ou l’arrêt prématuré des traitements favorise les résistances.
Journaliste : Quels progrès ou initiatives locales méritent d’être salués dans la lutte contre la RAM en santé animale ?
L.B.O. : En termes d’initiatives, il y en a quand même quelques-unes. Les grandes directions techniques intègrent de plus en plus la sensibilisation dans leurs actions, car elle est essentielle dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens.
Aux côtés de l’État, les associations professionnelles et communautaires jouent également un rôle actif. Ensemble, ces acteurs organisent, selon leurs moyens, des activités d’information à destination des éleveurs, des praticiens et du grand public.
L’objectif est d’expliquer les risques liés à un mauvais usage des antibiotiques, car beaucoup ne mesurent pas encore l’impact réel de leurs pratiques. Ces actions de terrain, centrées sur l’information et l’éducation, sont aujourd’hui les initiatives les plus visibles et les plus prometteuses. Mieux informés, les acteurs changent progressivement leurs comportements, ce qui constitue un progrès majeur dans la lutte contre la RAM.

🖋️ Entretien réalisé par : Mme Micheline OUEDRAOGO, point focal RAM, membre de la Plateforme Médias Santé Publique (PMSP).